Comment le gouvernement français veut relancer la croissance ?

Les réformes Macron pour relancer la croissance économique

Depuis son élection en mai 2017, Emmanuel Macron a entrepris une série de réformes visant à relancer l’activité économique. S’il est encore trop tôt pour constater le succès ou l’échec de ces réformes, nous pouvons d’ores et déjà analyser les effets espérés de la politique économique actuelle.

La réforme du marché du travail

Une des réformes les plus emblématiques d’Emmanuel Macron concerne le marché du travail.

Premièrement, les indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif ont été plafonnées à vingt mois de salaire après trente ans d’ancienneté. Jusqu’à présent, ces indemnités étaient à la discrétion du tribunal qui les attribuait. Cependant, ce plafonnement ne concernera pas les plaintes pour discrimination ou atteinte aux droits fondamentaux du salarié. De plus, les indemnités légales de licenciement ont été augmentées de 25 %. L’objectif de cette réforme est d’inciter les entreprises à embaucher. En effet, le non-plafonnement des indemnités prud’homales entrainait une incertitude pour les employeurs.

Ensuite, le périmètre de licenciement économique est modifié. Alors que, jusqu’à présent, pour évaluer la situation financière d’une entreprise il fallait prendre en compte sa situation au niveau mondial (s’il s’agit d’une multinationale), désormais seule la situation en France sera considérée.

La réforme vise également à faciliter le télétravail et la négociation au sein des entreprises. Par exemple, même en l’absence de syndicats, les patrons des entreprises de moins de 50 salariés pourront négocier directement avec les élus du personnel.

Ces différentes mesures visent à flexibiliser le marché du travail et donc à inciter les entreprises à recruter.

Le gouvernement entend que ces mesures puissent abaisser le taux du chômage et stimuler l’activité économique.

 

La réforme de la fiscalité

La fiscalité, parfois jugée excessive et incohérente, fait l’effet de nombreuses modifications. Par exemple, la Cotisation Sociale Généralisée (CSG) est augmentée de 1,7 point pour compenser la suppression des cotisations chômage et maladie prélevées sur les salaires. L’objectif de cette réforme est de transférer une partie du financement de la protection sociale des salariés vers les retraités et épargnants. Ainsi, le gouvernement cherche à rendre le travail plus « payant » que la rente.

La fiscalité de l’épargne est aussi modifiée avec la création d’une « flat tax » de 30 % applicable à compter de 2018 sur les revenus du capital financier. Cette taxe intègre les prélèvements sociaux (15,5 % actuellement, 17,20 % à venir) et l’impôt proprement dit. L’idée du gouvernement est cette fois-ci de simplifier le fonctionnement de l’imposition en instaurant une taxe unique sur les revenus de l’épargne financière dans la perspective d’un meilleur financement de l’économie réelle.

L’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) est modifié au profit de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI). C’est-à-dire que seul sera assujetti à cet impôt le patrimoine immobilier, et non les investissements dans les entreprises.

De plus, le CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi) est pérennisé sous formes de baisse de charges.

Le but de ces réformes est de privilégier les activités jugées les plus porteuses de croissance future par rapport à celles estimées moins productives (comme les placements immobiliers). Ainsi, le gouvernement espère favoriser l’investissement productif, et donc la croissance et l’emploi.

 

D’autres projets en cours : comptes publics et zone euro

Le gouvernement ambitionne de diminuer sensiblement le déficit public. Cette politique, qui risque de peser sur la croissance à court terme, pourrait être bénéfique à plus long terme, par exemple en limitant les charges d’intérêts de l’Etat ou en éloignement le spectre d’une austérité brutale face à une dégradation nette des finances publiques.

Enfin, la réforme de la zone euro, notamment la création d’un budget européen commun et une meilleure coordination des politiques économiques aiderait à prévenir les crises. Comme il n’existe plus de taux de change entre les pays de la zone euro, les ajustements ne peuvent se faire que par le biais du budget. Mais, en l’absence d’un budget européen, les pays en crise comme la Grèce ne bénéficient d’aucune aide financière et d’aucun moteur de croissance. Le manque de coordination économique et budgétaire au sein de la zone euro a renforcé la spirale de la crise dans les pays méditerranéens, ce qui a pesé sur la croissance de tout le continent.

 

Le résultat des réformes : que faut-il en espérer ?

L’économie a accéléré en 2017, avec une croissance française prévue à 1,7 % ou 1,8 %. Cependant, il est trop tôt pour imputer cette légère amélioration aux réformes entreprises, dont les effets ne pourront être estimés qu’après plusieurs années. De plus, certaines réformes comme celle de la zone euro seront plus longues à entreprendre puisque nécessitant l’accord des autres pays européens, et leurs impacts ne seront perceptibles qu’à long terme.

Enfin, la politique économique en cours, en flexibilisant le marché du travail et en diminuant la fiscalité notamment sur les ménages les plus fortunés, pourrait renforcer les inégalités. A terme, des inégalités croissantes risqueraient de peser sur la consommation globale (les plus riches consommant en moyenne une part plus faible de leurs revenus que les plus modestes), ce qui constituerait un frein à la croissance. Une affaire à suivre.

 
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